Pourquoi les recruteurs veulent savoir si « vous êtes capable de travailler sous pression » ?

« Vous êtes capable de travailler sous pression ». La phrase peut paraître anodine et pourtant, cette formule souvent citée dans les offres d’emploi, fait débat en ce moment sur le net. Le site espagnol Verne, rubrique du journal El País, revient sur l’origine de cette polémique. Une occasion de comprendre pourquoi cette compétence est régulièrement demandée par les recruteurs.

« Je ne comprends pas depuis quand travailler sous pression est devenu une qualité pour trouver du travail. Certains recruteurs y font mention dans leur description de poste. Selon moi, cela montre que l’entreprise ne maîtrise pas entièrement ses process internes, qu’elle ne planifie pas correctement les missions et les tâches de ses salariés ou qu’elle ne fait pas appel aux ressources nécessaires pour faire les choses en temps et en heure. » Voici le coup de gueule publié par Luis G. Galeano, un travailleur freelance spécialisé dans la stratégie et le marketing digital, sur LinkedIn le 12 septembre dernier. L’histoire aurait pu s’arrêter là si ce pamphlet 2.0 n’avait pas été recommandé plus de 4000 fois sur le réseau social professionnel, puis partagé des milliers de fois sur Facebook, comme le remarquait le média espagnol Verne.

La véritable question qui se pose derrière la réaction échauffée de Galeano est : attendre une telle compétence de la part d’un candidat ou non, est-il admissible ou non ? Et le débat divise les internautes. Pour certains, la pression et la frustration sont des situations qui peuvent être évitées, pour peu que l’entreprise y veille. Pour d’autres, en revanche, elles sont nécessaires pour surmonter certains pics d’activité. « Les imprévus font partie du job », relève Verne dans l’un des commentaires publiés en réaction au billet de Galeano. « Si on était uniquement capables de travailler en paix et en harmonie, nous ne serions pas productifs dans la majorité des métiers. Je n’imagine pas un chirurgien sans pression, tout comme je ne m’imagine pas un ingénieur ou un architecte relax. »

Travailler sous pression signifie simplement travailler dans des temps bien définis

A quoi les recruteurs font-ils allusion lorsqu’ils demandent aux candidats d’être capables de travailler sous pression ? Pourquoi l’exigent-ils ? Karel Jiménez, coordinatrice qualité & développement organisationnel chez American Industries, explique au journal espagnol que, selon les cas, cette condition peut être interprétée différemment. « Pour nous, travailler sous pression signifie simplement travailler dans des temps bien définis, alors que le candidat s’imagine déjà un chef lui hurlant dessus à longueur de journée. En tant que recruteurs nous devons donc apprendre à être plus clairs dans nos descriptifs d’offre d’emploi ».

En d’autres termes, quand un recruteur recherche un collaborateur capable de travailler sous pression, il souhaite avant tout une personne capable de rester calme mais réactive en cas de situations imprévues. « En entretien, on cherchera à savoir si le candidat est capable de dépasser sa frustration et son exaspération si les choses ne se passent pas comme prévues, et s’il est capable de proposer des alternatives » précise Jiménez avant de confirmer que travailler sous pression c’est finalement être organisé et rigoureux.

Tolérer le stress ne signifie pas être stressé en permanence !

Isaac Cortes Montes, responsable Trade marketing & Relations publiques chez Manpower Mexico, rappelle quant à lui qu’une mauvaise organisation au sein de l’entreprise ne peut pas être le seul et unique facteur d’un poste sous pression. « Une société pourra avoir la meilleure des organisations, la meilleure des stratégies et les meilleurs process, il y aura toujours des facteurs extérieurs pour venir affecter l’équilibre des équipes. Dans ce cas, seules les compétences et les qualités de ses salariés pourra l’aider à surmonter la crise. Ces derniers doivent donc se tenir prêt pour s’adapter et changer leur stratégie lorsque la situation l’imposera. »

Selon Cortes, ne pas céder à la crispation est synonyme d’adaptation et de flexibilité. « Lorsque l’on vous demande de tolérer le stress, on ne vous demande pas d’être stressé en permanence. On cherche simplement à faire comprendre que l’on évolue dans un monde globalisé et que le marché exige parfois de bousculer son quotidien au bureau. »

Pour éviter toute frustration il y a une solution…

Jiménez comme Cortes assurent que la clef d’un travail sans pression ni crispation réside dans le simple fait d’exercer un métier qui nous plait. « Le critère de la rémunération ne doit pas primer » selon la coordinatrice d’American Industries. « Il faut réussir à définir quel secteur et quel métier sont faits pour vous. De ces deux facteurs dépendra votre capacité à prendre du recul face aux rushs. Si vous intégrez une société dont vous ne partagez ni les valeurs, ni les méthodes de travail, vous serez vite crispé et désabusé ». Une analyse pratique qui fait écho aux nombreuses enquêtes sur les attentes des chercheurs d’emploi pour qui, le plus important reste les missions qui leur seront proposées et l’environnement de travail. Deux attentes fortes que les entreprises commencent à entendre en proposant des modèles d’organisation alternatifs : flexibilité des horaires, management collaboratif, etc.

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